Réflexions du fauteuil : la télévision québécoise, un phénomène unique au monde
09 01 2009La relation qu’ont les québécois avec leur télévision est unique. Je parle du contenu bien sûr, mais aussi de l’objet. Combien de salons et de salles familiales sont organisés en fonction de l’emplacement de l’appareil? Presque tous, non? Combien de foyers compte un téléviseur par pièce, y compris dans la cuisine? Il y en a même dans les toilettes!
Ça fait 10 jours que le Bye Bye 2008 a été diffusé et on en parle encore. Et ce n’est pas fini. La productrice, Véronique Cloutier et son conjoint et auteur principal, Louis Morricette, ont convoqué une conférence de presse aujourd’hui pour s’expliquer. C’est reparti pour au moins une autre semaine si on escompte que les hebdomadaires zartistiques vont en parler en masse pendant 7 Jours ou La semaine. Je veux bien croire que l’actualité québécoise est au ralenti en janvier, mais discuter sans fin d’une émission de télévision de 60 minutes pendant des semaines, ça frôle l’abrutissement.
4 millions de Québécois ont regardé le Bye Bye en diffusion originale ou en reprise. Cela représente le 2/3 de la population francophone, enfants et nouveau-nés inclus. C’est un phénomène unique au monde. Nulle part ailleurs des émissions de télévision n’attirent une si grande proportion de la population en même temps devant le petit écran. Jusqu’au milieu des années 90, un téléroman ou une télésérie qui n’avaient pas deux millions de téléspectateurs par épisode étaient considérés comme des échecs. Les plus populaires comme La petite vie et Les filles de Caleb ont parfois scotché près de 3 millions d’hypnotisés devant la boîte à images. Depuis, les auditoires des grands diffuseurs ont fléchi en faveur des canaux spécialisés et d’autres formes de divertissement que préfèrent les plus jeunes comme Internet et les jeux vidéo. Il n’en reste pas moins que les parts de marché des émissions les plus populaires sont sidérantes. Il y a eu aussi un autre changement au cours de la dernière décennie, c’est le genre d’émissions que le public préfère. Les téléréalités, les variétés et les quiz ont détrôné la fiction. Les champions de cotes d’écoute sont Le banquier, Star académie, Occupation double, La poule aux œufs d’or, Dieu merci! et La cour des grands. Si vous étiez Sherlock Holmes, cette liste d’émissions vous révélerait une autre tendance lourde de la télévision au Québec. Avez-vous trouvé laquelle? Ce sont tous des programmes diffusés pas TVA. Sur les dix émissions les plus regardées l’automne dernier (selon les données BBM du 24 au 30 novembre 2008), Radio-Canada n’en a eu qu’une seule, Tout le monde en parle. Il faut aller voir au 16e rang pour trouver une autre émission du diffuseur public, L’auberge du chien noir. Radio-Canada a déjà été nez à nez avec TVA avec des parts de marché à peu près égales, mais depuis l’émergence de la téléréalité et la baisse de popularité des séries dramatiques, TVA trône au sommet avec une part de près de 30 % alors que la SRC est descendue dans les 13 %. On reproche souvent à Radio-Canada d’imiter TVA en diffusant des émissions qui ne sont pas à la hauteur de son mandat de diffuseur public. Il n’en reste pas moins que sa programmation est généralement de plus grande qualité et audacieuse. Malheureusement, ce n’est pas ce que le public préfère.
Maintenant que c’est dit, mon seul regret, c’est que je fais maintenant partie des abrutis qui parlent encore du Bye Bye dix jours après sa diffusion. Misère!
Si vous en voulez encore, j’ai fait une caricature sur le Bye Bye sur mon autre blogue. Cliquez ci-dessous. Merci.
http://lesbulles.monblogue.branchez-vous.com/
Publié par : jacqueso à 10:10:41Permalien
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